La ministre des Transports, la pharmacienne Julie Boulet, déposera d’ici peu une nouvelle loi pour abaisser le taux maximum d’alcool au volant. Les conducteurs québécois auront droit à .05 ou lieu de .08 comme limite d’alcoolémie. Pour ceux qui dépasseront la nouvelle limite une suspension du véhicule pour 24 h sera fait, mais ni amende, ni points d’inaptitude seront retirés.
Cette recommandation provient du deuxième rapport de recommandations de la Table québécoise de la sécurité routière qui a récemment remis un rapport comportant 27 recommandations.
Curieusement, le rapport nous parle beaucoup des dangers de conduire avec seulement 0.05 et surtout de la multiplication des risques (jusqu’à neuf fois) d’avoir un accident mortel.
Par contre, on nous offre aucun chiffre concret sur la proportion du nombre de conducteurs qui ont tués et qui étaient en boisson au-dessus ou en-dessous de 0.08. C’est quand même surprenant puisque la SQ, la police de Montréal et de Québec, six ministères et bien sûr la SAAQ sont membres de cette Table.
Et bien, j’ai pu lire avec intérêt ces statistiques que le blogueur le suburbain lucide à trouver dans un volumineux (229 pages) rapport sur les accidents au Canada impliquant l’alcool. Le résultat de sa recherche est consternant, voici le nombre de conducteurs québécois impliqués dans un accident mortel en 2006 :
Total: 427
Non testé: 138
Résultats négatifs: 176
Résultats positifs légaux, entre 1 et 80 mg: 24
Résultat positifs illégaux, plus de 80 mg: 89
Pour les curieux, vous pourrez aussi y retrouver des statistiques de 1987 à 2006. Pour se donner une petite idée de l’importance des décès causés par des chauffeurs avec un taux inférieurs à 80 mg, en 2006 les 24 cas représentent 8.3 % et depuis 1991 ce nombre n’a jamais dépassé 10 %.
Cette mesure avait été proposé il y a deux ans, mais grâce ou à cause (selon votre allégeance) de l’ADQ cette proposition avait été retiré du dépôt de loi qui rendait illégal l’utilisation du cellulaire au volant.
Curieusement, à l’époque un sondage fait par la Fondation de recherches sur les blessures de la route démontrait que la lutte contre l’alcool au volant au Canada ne progressait pas, et ce, malgré que tous les autres provinces avaient déjà limité la consommation d’alcool à 0.05.
De plus, une urgentologue de l’Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, la Docteur Catherine Montigny, affirmait que le gouvernement choisissait les mauvais moyens en baissant la limite d’alcoolémie au volant.
Pour elle, le fait de ne pouvoir dénoncer les conducteurs ivres qui se rendent à l’urgence est difficile à accepter. «En tant que professionnelle de la santé, c’est pire d’accepter cette situation que de ne pouvoir la dénoncer afin d’éviter les récidivistes.»
Probablement parce que le ministre de la justice, Jacques Dupuis, considérait que cette urgentologue était d’allégeance adéquiste, la région de St-Jérôme l’était à l’époque, il lui a répondu : «On ne veut pas avoir un état policier.»
Mon analyse : Avant que l’on m’accuse d’inciter des personnes à boire et à conduire, j’aimerais préciser que comme tout le monde, je réprouve cette attitude.
Par contre, je pense que les statistiques sont assez éloquentes, le fait de diminuer le taux d’alcoolémie permis sauvera bien peu de gens.
Personnellement, j’aurais imposé de plus grandes sanctions aux récidivistes. C’est bien plus eux qui font des dommages.
Je comprends pas la logique de cette loi à venir, les gens raisonnables sont habitués depuis bien longtemps à avoir un conducteur désigné lorsqu’ils sortent. Cette nouvelle réglementation va déranger bien plus les gens qui vont souper et qui prennent deux-trois verres de vin.
Si au moins, il y avait eu des mesures pour combattre les récidivistes, mais non rien du tout ne sera fait pour les pénaliser. Rendu-là, pourquoi ne pas simplement interdire l’usage d’alcool quand on prend le volant ?
En terminant, on a encore une fois, une belle preuve que les plus belles études du monde ne remplaceront jamais des faits concrets.
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