Comme je l’ai annoncé il y a une dizaine de jours, je suis allé à la première mondiale du film Mes sœurs musulmanes, réalisé par la féministe Francine Pelletier, produit par Les films de l’Isle et distribué par Les Films du 3 Mars.
Au départ, je voulais publier mes commentaires sur ce film la semaine passée, mais suite à l’histoire de Naïma Atef Amed et de son niqab, exposé en exclusivité par Vincent Marissal, j’ai préféré laisser reposer un peu la poussière.
De plus, comme Télé-Québec présente, ce soir à 21 h, ce documentaire et que nous sommes aujourd’hui la journée internationale des femmes, j’espère que mes lecteurs et lectrices prendront le temps de lire ma critique et de regarder le film, ce soir, avant de porter des jugements préconçus.
Mes sœurs musulmanes est un documentaire qui a été tourné durant l’année 2007 nous permet de bien comprendre la façon de penser de deux jeunes femmes musulmanes qui portent le voile islamique.
La caméra de Francine Pelletier, nous permet de suivre Geneviève Lepage, Québécoise d’origine qui a choisi de se convertir à l’âge de 24 ans, et Asmaa Ibnouzahir, Marocaine de naissance, elle est arrivée au Québec à 14 ans et ce n’est que depuis 2004 qu’elle porte le hijab.
Dès le début du documentaire, on comprend que les deux jeunes femmes ont de la difficulté à vivre pleinement leur foi au Québec. Ces deux universitaires (l’une a une maîtrise et l’autre un doctorat) sont des femmes qui ont des opinions et qui n’hésitent pas à les faire connaître. C’est aussi très clair qu’elles sont fières d’être Québécoises et musulmanes à la fois.
Le père de Geneviève semble très honnête lorsqu’il affirme qu’il souhaite beaucoup de bonheur à sa fille. Il respecte la décision de sa fille, mais il n’est pas tellement à l’aise avec le port du voile. Il désire qu’elle puisse prendre sa place dans la communauté musulmane, mais, du même souffle, il estime que ça prendra de deux à trois cents ans avant que ça change.
Geneviève se considère très féminine malgré son voile, elle porte une attention particulière à sa coquetterie et elle choisit ses épingles avec minutie, en plus de faire “matcher” les couleurs de ses vêtements avec celle de son foulard.
Mon moment préféré du film à lieu lorsque Geneviève et Asmaa ont une discussion sur la façon de prier, doit-on seulement croiser les mains sur l’abdomen ou l’on peut aussi avoir les bas le long du corps ? L’échange entre elles est un exemple poignant de la droiture et l’orthodoxie que l’on peut retrouver dans toutes les religions.
Il est aussi très intéressant d’écouter Geneviève nous parler de la conception différente de l’amour chez les musulmans. Pour elle, l’important pour qu’un mariage soit réussi c’est que son mari doit aimer Allah.
De son côté, Asmaa a beaucoup de difficulté à rencontrer un conjoint qui lui permettra de continuer sa démarche spirituelle.
Pour elle, c’est obligatoire que son mari soit musulman et pratiquant parce que le contraire la fera nécessairement régresser dans son cheminement.
Asmaa est une porte-parole aguerrie de Présence musulmane. Elle est en mesure de bien expliquer son point de vue et elle a fait plus apparition à la télévision. Elle s’est entretenue avec Dominique Poirier à RDI, en 2007, suite à la décision d’Élections Canada de permettre aux femmes musulmanes de voter avec une burqa ou le niqab.
De plus, comme on peut le voir dans le film, elle a aussi participé à Bazzo.TV à quelques reprises. Un peu idéaliste, elle s’est donné la mission d’éduquer la population est parfois elle trouve ça assez lourd à porter.
Il est très intéressant de l’entendre dire que ce n’est pas parce qu’elle porte le voile que nécessairement elle n’a jamais de période de remise en question. Elle retournera même au Maroc pour réfléchir à son avenir.
Mon analyse : J’ai beaucoup apprécié ce documentaire parce qu’il nous permet de bien comprend la façon de pensée de deux musulmanes pratiquantes et fières de l’être.
La réalisatrice a reconnu qu’au départ, à titre de féministe, elle avait un préjugé bien défavorable face aux femmes qui choisissent de porter le hidjab. Le tournage de ce documentaire lui a fait prendre conscience que ces musulmanes sont autant des femmes qu’elle.
Il est, maintenant, clair pour moi que la majorité des musulmanes québécoises qui portent le voile le font d’abord pour elles-mêmes est que c’est pour elles un signe de leur démarche spirituelle.
Bien sûr, il est faux de prétendre que toutes les musulmanes du Québec sont soumises à leur mari et du même coup, il est faux d’affirmer qu’aucun musulman oblige sa femme à se voiler.
Enfin, je tiens à souligner que Télé-Québec a choisi de diffuser ce film aujourd’hui alors que nous la journée internationale des femmes.
Ce documentaire nous permet de saisir qu’il y a plusieurs façons de pensées pour une femme et bien que certaines soient en désaccord avec la décision de Télé-Québec, il est évident que la lutte pour l’émancipation de la femme au Québec est un combat qui est très avancé aujourd’hui.
Malheureusement, certaines féministes nous laissent croire que nous sommes encore en 1930 et que les femmes n’ont pas encore le droit de vote au Québec. La lutte des femmes à beaucoup de difficulté à évoluer actuellement et ce n’est pas en fessant une chasse aux sorcières musulmanes que la situation s’améliorera.
Le gouvernement Charest se doit de mettre des balises claires en matière de signes religieux. La décision de la semaine dernière avec le niqab était la bonne chose à faire, mais des règles claires dans la gestion de l’État éviteraient l’intervention de fonctionnaires du ministère de l’Immigration dans un cégep.



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