La domination masculine est un documentaire français qui a pour objectif premier de secouer et de créer un débat. Réalisé par le Belge Patric Jean sur une période six ans, ce film réussit seulement en parti à atteindre son objectif.
Présenté en Première International lors des RIDM en novembre dernier, ce film est maintenant à l’affiche aux cinémas Beaubien et Parallèle. Les relations hommes femmes y sont traitées d’une façon tout à fait différente.
Le long métrage de 98 minutes est une accumulation de scènes très divergentes qui manque radicalement de liaison. Une plus grande présence de la narration et l’identification des personnages auraient augmenté sensiblement la cohérence du documentaire clairement pamphlétaire.
En ouverture de rideau, on écoute des hommes qui désirent se faire opérer pour avoir un pénis plus gros ou plus large. Leurs motivations sont quasi identiques aux femmes qui désirent une augmentation mammaire.
Puis, on assiste à une soirée de speeddating en France. Les participantes nous expliquent qu’elles recherchent des hommes plus riches qu’elles, qui sont machos et qui sont en mesure de les dominer légèrement.
Sans transition, on observe un infographiste qui modifie allègrement la photo d’une femme nue pour l’adapter au besoin du marché.
Par la suite, on visite un magasin de jouet, le préposé nous montre les jouets les plus populaires. Une grande démonstration des stéréotypes ; poupées pour fillettes, camions et fusils pour garçons.
Et hop, on se transporte à une rencontre entre féministes à Montréal. Elles constatent les avancés de leur cause, mais aussi des difficultés à faire face à l’illusion de l’égalité des sexes et de l’apparition de l’intégrisme religieux.
Nouveau déplacement, on rencontre une escorte française qui nous explique qu’elle fait ce métier par vengeance, elle est en réaction par rapport à la douleur de son passé et qu’elle évacue sa colère de cette façon. Pour elle, c’est une forme de thérapie.
En noir et blanc, on écoute ensuite un homme excessivement frustré qui déteste les femmes cultivées. Le générique apprendra aux fins observateurs qu’il s’agissait de Léo Ferré, l’un des plus prolifiques auteur-compositeur-interprète d’expression française.
On revient au Québec pour nous donner des statistiques sur la violence conjugale (6000 appels par an à Montréal; 85 % par femmes, 15 % par des hommes et une centaine de maisons pour femmes violentées à travers tout le Québec). Puis on fait un retour sur la tragédie de Polytechnique.
La fin du documentaire est certes le moment le plus controversé. Le réalisateur a intégré un petit groupe d’hommes québécois frustrés contre les femmes. Il a utilisé les méthodes controversées de Michael Moore et il les a fait parler en leur faisant à croire qu’il était lui aussi un frustré.
Les témoignages sont vibrants de colère et de frustrations. On les entend affirmer que le Québec est un État taliban pour les hommes (l’oppression contre eux), que les femmes peuvent avoir des enfants et en retirer des revenus, qu’il y a coresponsabilité dans la violence conjugale, les féministes et les gaies prônent une société de mort et bien sûr la classique comparaison avec le nazisme.
Mon analyse : Ce documentaire tire trop partout. Il en perd son essence et la profondeur de son propos se disperse à travers les nombreux points de vues.
Il nous amène dans des lieux tellement différents que l’on se questionne sur la direction du réalisateur. Bien qu’il est facile de mettre l’emphase sur les propos des masculinistes québécois, on doit aussi considérer que la frustration et la colère sont présentes autant chez femmes que les hommes.
Par exemple, les frustrations de Léo Ferré sont-elles plus justifiées que celles de l’escorte ou vice-versa?
Bien sûr, la violence conjugale est un crime à combattre, mais on doit éviter de mettre tous les hommes dans le même panier. Pour preuve, 15 % des victimes sont des hommes.
Le documentaire donne l’impression que les masculinistes québécois semblent être un groupe assez nombreux et bien organisé. Par contre, outre l’Après-rupture, je n’ai pas été en mesure de trouver d’autres sites web masculinistes.
Le réalisateur, qui les a fréquentés en leur cachant le but des enregistrements vidéo, a déclenché de la colère chez eux et il a annulé son voyage à Montréal lors des RIDM.
Je veux pas justifier leurs menaces, mais je doute que Patric Jean ait été aussi cachotier avec les autres participants de son documentaire. Il leur a joué dans le dos, je peux comprendre une partie de leur colère, J’ai cherché en novembre et aussi plus récemment, j’ai été incapable de trouver une quelconque menace sur net contre Patric Jean.
Pour obtenir l’effet provocateur tant désiré, le réalisateur aurait dû mieux cibler son propos. Le résultat actuel est une minicontroverse provoquée par un documentaire à moitié réussi. La radio de Radio-Canada a donné de la visibilité à ce documentaire dans trois émissions différentes le 12 novembre dernier et un nouveau topo a été fait hier à Désautels. LCN a aussi fait un entrevue avec Patric Jean dernier.
Enfin, j’ai beaucoup plus senti que la majorité des intervenants (hommes comme femmes) de ce documentaire ont besoin d’une thérapie pour apprendre à vivre avec leur frustration.
Ce film aurait aussi pu s’appeler la domination de la colère, mais ça aurait été beaucoup moins punché !!!











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