Je suis allé voir hier soir le film Rachel présenté avec sous-titre français au cinéma du Parc et avec sous-titre anglais au AMC Forum 22. Ce film a été réalisé par Simone Bitton, une Marocaine juive qui a appris l’hébreu après avoir émigré en Israël en 1966. Elle a servi dans l’armée israélienne et par la suite, elle a appris à manier la caméra à Paris où elle réside encore aujourd’hui.
Le film enquête sur les circonstances de la mort d’une jeune américaine de 23 ans, Rachel Corrie, lors d’une confrontation entre des bulldozers israéliens et des pacifistes étrangers à Rafah dans la bande de Gaza à la frontière de l’Égypte.
Ce documentaire a pris trois ans à se réaliser. On y rencontre les compagnons étrangers qui vivaient avec elle à Rafah, des Palestiniens qui l’hébergeaient, un médecin palestinien qui a tenté de la gardé en vie, son copain resté à Olympia sur la côte ouest-américaine, ses parents, un soldat israélien en poste à Rafah à la même époque, une porte-parole de l’armée, l’enquêteur israélien qui s’est occupé du dossier, le médecin israélien qui fait l’autopsie de Rachel, plusieurs autres et même un anarchiste révolutionnaire israélien vivant à Tel-Aviv.
En plus, de ses nombreuses rencontres, la narration nous permet de prendre conscience de plusieurs lettres écrites de la main de Rachel. On voit aussi des vidéos de Rachel en Palestine dans les semaines précédant l’accident et même que l’armée israélienne a accepté de donner la bande vidéo de la confrontation entre le bulldozer et Rachel.
Comme on peut s’en douter, les versions des deux camps s’opposent.
Pour l’armée israélienne, le conducteur du bulldozer de 65 tonnes n’a pas vu Rachel, mais il a arrêté avant de l’écraser, elle aurait roulé dans la terre et ça l’aurait écrasée et asphyxiée. Cette version est défendue avec fermeté par la porte-parole de l’armée, mais aussi par le médecin légiste qui n’a pas trouvé de marque mécanique sur le corps de Rachel lors de son autopsie.
De l’autre côté, c’est plus nuancé. Ses amis qui étaient sur place, sans être tellement proche, l’on veut s’agenouiller devant le bulldozer qui était rendu tout près d’elle puis tenter de se relever alors que la terre bougeait sous elle, mais elle en a été incapable, elle est tombé et a roulé dans la terre. Après une longue hésitation, l’un de ses amis finit par nous dire que le bull a écrasé Rachel.
Les moments les plus émouvants du film, ont été pour moi, la lecture de la lettre de Rachel lue par son père et à sa mère ainsi que le vidéo d’une confrontation entre les militants du IMS, l’ONG palestinienne qui a amené Rachel à Rafah, et un bulldozer. Le véhicule lourd de l’armée s’approche à seulement quelques pieds des jeunes pacifistes.
Mon analyse : Comme tout documentaire qui traite du conflit entre Israël et la Palestine, ce film est partisan et il s’assume en dénonçant l’agression de l’armée israélienne.
Personnellement, je considère que ce n’est pas tellement important de savoir si la pelle du bulldozer a touché ou pas à Rachel. C’est évident que c’est sa proximité qui a causé son décès.
Le documentaire nous fait voir la vie au quotidien des Palestiniens dans la bande de Gaza. Se faire tirer dessus n’importe quand, n’importe où, voir sa maison se faire détruire, une réalité que l’on ne préfère pas vivre.
Du côté israélien, je suis toujours impressionné de constater l’ouverture et la collaboration de l’armée à ce type de documentaire qui ont pour objectif de les critiquer.
La rencontre avec la porte-parole officielle c’est une chose, mais rien n’obligeait l’armée à laisser parler le médecin légiste et encore moins de remettre la copie de la vidéo, bien qu’il manque les séquences cruciales.
L’attitude agressive de l’armée israélienne est souvent reprochée et même que c’est parfois des critiques justifiés. Par contre, on ne mentionne à peu près jamais la collaboration qu’ils ont avec des gens qui travaillent contre eux.
Dans ce conflit, je ne crois pas qu’il y est un clan de bons et un groupe de méchants, certes il s’agit d’une guerre avec deux armées qui possède des moyens diamétralement opposés, mais ça reste une guerre quand même.
Suite au décès de Rachel, il y a eu une très grande campagne de presse pour dénoncer ce meurtre. En réaction, une affiche a été produite, elle rappelle que durant la même année, du côté israélien, huit civiles nommées Rachel sont décédées suite à des attaques suicidaires palestiniennes.
Enfin, ça vaut ce que ça vaut, mais j’ai trouvé un site qui affirme que Rachel protégeait un tunnel d’infiltration d’armes plutôt qu’une maison. Trois vidéos, hélas retiré de You Tube, le démontrerait.
Encore aujourd’hui un site web rend hommage à Rachel Corrie décédé le 16 mars 2003 dans la bande de Gaza.
Il y a eu bien d’autres innocents qui sont morts dans cette région, et ce, d’un côté comme de l’autre du mur.
Il y a des gens de chaque côté qui souhaitent que cette guerre se perpétue dans le temps. Il y aura, malheureusement, encore bien d’autres Rachel…

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