Arrivé en retard, j’ai malheureusement manqué l’ouverture du colloque. Guy Rocher, sociologue, professeur retraité de l’UdeM et l’un des auteurs du Rapport Parent, a, selon ce que l’on m’a raconté, bien délimité les différents paramètres et définitions de la laïcité. En novembre dernier, il a invité le Québec à achever sa laïcisation.
Il se pourrait que son allocution devienne disponible d’ici peu sur You Tube, un participant, Yves, m’a dit qu’il la mettrait en ligne.
Par la suite, j’ai pu écouter Françoise David, la co-cheffe de Québec solidaire, nous lire un long texte où elle a expliqué son cheminement de vie et sa vision de la laïcité.
Selon son point de vue, l’islamisation n’est pas un danger au Québec. Elle prône la recherche d’une culture commune et considère qu’il n’y aura jamais d’unanimité à ce sujet.
Elle ne voit pas pourquoi le fait que des employés de la fonction publique qui donnent leurs opinions sur la politique ou concernant les religions ça puisse créer des malaises. Pour elle, ça n’a pas posé de problème à ce jour et elle n’en envisage pas pour le futur.
De plus, bien que ce colloque soit organisé par la gauche pour la gauche, Mme David a décoché de nombreuses pointes contre la droite tant américaine, canadienne que québécoise. Elle s’est aussi attaquée aux nationalistes et aux blogueurs.
Ce dernier commentaire sur les blogueurs m’a pour le moins surpris puisqu’elle-même tient un blogue depuis avril 2009.
Panel 1 : Quelle Laicité ?
Le premier de trois panels avait comme sujet de discussion les deux types de laïcité qui s’affrontent dans les milieux intellectuels et éducationnels.
Daniel Weinstock, directeur du CRÉUM, a défendu la laïcité ouverte, en gros il s’agit d’une vision qui préfère le statu quo et qui croit que l’on n’a pas besoin de réglementer les accommodements raisonnables.
Pour lui, le Québec a plus à perdre qu’à gagner dans le débat de la laïcité. Il considère qu’il est préférable de faire du cas par cas et qu’un peu de flou donne de la l’attitude aux administrateurs.
De l’autre côté, c’est Daniel Baril, Vice-Président du Mouvement laïque québécois et journaliste à l’hebdomadaire Forum de l’UdeM, qui a défendu l’autre laïcité. Celle qui créé le malaise dans le clan des ouverts et que l’on définit de différentes façons dont la laïcité fermée, sévère ou rigide.
Pour Daniel Baril, la laïcité c’est l’absence de tout signe religieux. Pour répondre aux besoins proscrits par le cours d’éthique et de culture religieuse, l’absence de signe ostentatoire est nécessaire. Il s’agit d’un devoir de réserve.
La laïcité c’est un parti pris pour les droits humains, ce n’est pas neutre. L’État a le droit d’être un leader de modernité.
Par la suite, les participants ont pu réagir au propos de ses deux « spécialistes de la question ». Plusieurs intervenants étaient fort émotifs, mais il n’y a pas eu de débordement particulier.
Je retiens particulièrement les propos de plusieurs militantes de Québec Solidaire qui sont ouvertement contre la position adoptée par leur parti. Par exemple, Lise Boivin nous a dit que QS propose des normes raciales.
De plus, la démissionnaire de Crémazie, Michèle Sirois est venue expliquer vendre pourquoi elle n’aimait pas ce faire traité de laïque rigide par Daniel Weinstock. Celui-ci a été visiblement secoué par la présentation de M. Rocher et il s’est presque excusé d’avoir utilisé un ou des termes qui auraient pu indisposer certaines personnes. Il en a été réduit à parler de laïcité A et B.
Un autre intervenant a brillamment résumé la dichotomie d’association qui est parfois faite par les défenseurs de la laïcité. Selon lui, il est faux de prétendre que croyance religieuse rime avec endoctrinement et que laïcité est liée à l’humanisme.
Panel 2 : Le cours éthique et culture religieuse
Au retour de dîner, nous avons abordé un sujet très d’actualité, le cours d’éthique et culture religieuse (ECR). Les deux belligérants invités par les organisateurs étaient Marie-Michelle Poisson et Louis Rousseau.
Madame Poisson est professeure de philosophe au Collège Ahuntsic et V-P du Mouvement Laïque Québécois. Elle a bien sûr défendu la cause de tous ceux qui voudraient voir ce cours disparaître du corpus scolaire.
D’entrée de jeu, elle nous a révélé qu’au sein du ministère de l’Éducation il y a encore des gens qui défendent ardemment la religion catholique. Malgré l’abolition des cours de catéchèse, il y a toujours en fonction un secrétariat aux affaires religieuses et un comité sur les affaires religieuses.
Selon elle, le cours d’ECR a été formé pour sauver des centaines d’emplois de professeurs de catéchèse et pour éviter que la foi catholique disparaisse complètement du Québec d’ici quelques décennies.
Elle demande l’abolition de ce cours puisqu’auparavant il y avait une option (le cours de morale) et que ce choix a disparu. De plus, elle dénonce l’obligation pour toutes les écoles d’ajouter un service d’animation à la vie spirituelle, pour un coût de 13 millions de dollars.
Sans surprise, elle rêve aussi à l’abolition des deux instances religieuses au MELS.
Elle critique l’absence de la vision laïque dans le cours d’ECR, en contrepartie, la religion à trop d’importance.
De plus, la ou les religions n’ont pas le monopole du sens de la bonté, de la générosité, de l’humilité… tout ça existe aussi dans le monde laïc.
De son côté, monsieur Louis Rousseau, professeur au département de religion de l’UQAM, a été consultant dans l’élaboration de ce cours et l’a évidemment défendu.
Il souhaite que l’on arrête de dire que l’ECR est un cours d’enseignement religieux. Pour lui, il y a une profonde différence entre parler de religion dans un cours et enseigner la religion.
Il considère qu’il y a deux grandes forces qui cohabitent dans le cours d’ECR, l’éthique et la culture religieuse. Pour lui, la laïcité de connaissance ne doit pas déboucher sur une laïcité d’ignorance.
Bien qu’imparfait, il souhaite que l’on donne le temps à ce cours de maturer et de prendre sa place.
Lors de la discussion avec la salle, Mme Sirois a expliqué que ce cours est basé sur des mythologies. Pour elle, la mythologie grecque est aussi valable que celle qui est chrétienne ou encore musulmane.
Un professeur de ce cours à l’école Marguerite-De Lajemmerais (l’école qui a adapté son uniforme au hidjab) est venu nous faire part de son vécu. Pour lui, ce cours crée beaucoup de débats dans sa classe, il y a trop d’espace pour la religion, manque de place pour l’athéisme et il souhaite que ce cours soit amélioré.
Panel 3 : La religion dans l’espace public
Enfin, pour terminer la journée le sujet de la religion a été discuté de façon large par Ruba Gazal, Louise Mailloux et Jean-Marc Larouche.
Militante chez Québec solidaire, résidente de la belle province depuis 22 ans Palestinienne de naissance jusqu’à l’âge de 10 ans, Ruba Ghazal s’est longuement présenté à nous avant de toucher au sujet sensible qu’est le voile islamique.
Pour elle, le débat doit s’adapter au contexte de chaque pays. Le voile serait une obligation selon une majorité de musulmans, il s’agirait d’un aboutissement spirituel.
Son père est bien surpris de la ferveur religieuse de la jeunesse musulmane d’aujourd’hui.
Elle nous a confié que la religion musulmane est devenue une valeur refuge à cause de la souffrance créée par l’oppression de l’occident.
Louise Mailloux est professeure de philosophie au cégep du Vieux-Montréal et est membre du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité. Elle a fait publier sur vigile.net la présentation qu’elle nous a offerte.
Elle considère que la laïcité ouverte fait entrer par en arrière ce qui a été sorti par en avant. Les fonctionnaires ont un droit de réserve et il se doit d’y avoir une absence de signes religieux.
Elle a clairement questionné comment QS et la Fédération des femmes du Québec peuvent être contre l’obligation du port du voile et contre son l’interdiction en même temps. Pour elle, une telle position abandonne les filles. Il s’agit d’implication uniquement au niveau des idées.
Elle en a même ajouté en déclarant que QS et le PLQ défendent la même position et refusent de mettre leur pied à terre.
Pour terminer, on a pu écouter Jean-Marc Larouche, professeur de sociologie à l’UQÀM. Je ne sais pas si c’est parce que je commençais à être un peu fatigué ou c’est à cause de son ton particulièrement monocorde, mais je n’ai rien retenu de marquant dans ses dix minutes d’intervention. Donc, pas de résumé pour lui !!!
Les intervenants de la salle m’ont heureusement bien réveillé et j’ai retenu les propos d’homme qui nous a dit que ce n’est pas toutes les femmes voilées qui sont intégristes, mais ce sont toutes les femmes intégristes qui sont voilées.
En clair, parmi tous les gens présents dans cette salle pleine plus qu’à sa capacité maximale, tellement que Louise Beaudoin a du passer une partie de l’après-midi assise dans les marches, bien peu se sont lever pour aller dire qu’ils étaient d’accord avec le concept de laïcité ouverte.
Je dirais même que tous ceux qui se sont présentés au micro en affirmant être militants de Québec Solidaire étaient résolument contre la position du statu quo de leur formation politique.
Comme je l’ai entendu de la part d’une solidaire déçue, Québec Solidaire a une épine dans le pied et elle ça s’appelle la laïcité.
Mots de la fin
Pour clore cet instructif colloque, Françoise David s’est dite surprise par l’absence de jeunes et de minorités ethniques, elle croit que si l’événement avait eu lieu dans la fin de semaine, l’assistance aurait été bien différente. Ça ressemblait fortement à un reproche aux baby-boomers solidaires en désaccord avec la position de son parti.
Elle aimerait aussi participer à colloque sur l’importance de l’intégration des immigrants.
Le colloque l’a éclairé, mais elle se pose encore beaucoup de questions. Qu’est-ce que l’on garde et qu’est-ce que l’on jette de notre héritage religieux. Elle est toujours en réflexion face au cours ECR.
Elle croit en l’importance de la culture autochtone. Elle est en accord avec une charte qui confirme la laïcité du Québec. Mais du même souffle, elle nous met en garde sur le choix des mots et leurs limites.
Elle trouve ça correct de se poser la question concernant le port du voile pour fillettes au primaire. Pour elle, la situation actuelle au secondaire peut perdurer.
Sa position est très clairement pro-laicité ouverte.
M. Guy Rocher a débuté son allocation de fin de colloque en relevant le fait que les panélistes ont refusé de poser des questions, une stratégie très utile pour éviter de répondre aux vrais enjeux.
Pour lui, il n’est pas étonné que les femmes soient blessées par la religion et qu’elles craignent autant pour leurs consœurs que l’islamisme puisse leur faire mal.
Il nous a rappelé qu’en 1961 un colloque sur la laïcité dans les écoles a eu lieu et qu’ils y avaient déjà des partisans d’une forme de laïcité dite intégrale. La forme ouverte n’avait pas encore pris forme à l’époque. Mais les intégrales ne sont pas sorties gagnantes face à ceux qui étaient plus modérés.
Contrairement à Daniel Weinstock, il perçoit qu’il y a un important clivage philosophique actuellement. Il ne croit pas au consensus. Il a conclu, sourire en coin, en affirmant qu’il faut se battre dans une mutuelle fraternité.
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