L’élection d’hier m’a fait veiller bien tard et nous sommes probablement nombreux dans ce cas. Pour ma part, j’ai trouvé que le résultat général représente bien la situation actuelle, une population divisée et à la recherche d’un leader rassembleur.
Gérald Tremblay a réussit à sortir gagnant de plus de six mois de mauvaises nouvelles, c’est tout un exploit. Je le félicite pour sa grande résilience. De plus, il conserve sa majorité au conseil de ville avec 39 élus, ça représente 60% des sièges à l’hôtel de ville.
Richard Bergeron est, pour moi, le grand gagnant de cette élection. Son parti créé en 2005, à multiplié ses appuis par trois et son caucus passe de un à quatorze élus, et ce, répartie dans six arrondissements différents.
Pour Louise Harel, le verdict de la population ne peut lui laisser que la victoire morale alors que le maire Tremblay n’a pas reçu l’appui de la majorité des électeurs.
Son parti, sous Pierre Bourque en 2005, a obtenu 36% d’appui et à envoyer 15 élus au conseil de ville. Louise Harel ne fait guère mieux avec 32% et un seul élu de plus au conseil de ville. C’est très loin d’être un succès populaire.
En analysant les résultats un peu plus en profondeur, il est très intéressant de constater la provenance des votes des trois candidats à la mairie répartis dans les 19 arrondissements.
Tout d’abord, Louise Harel a clairement été incapable d’obtenir l’appui d’une majorité de francophones et évidemment son incapacité à s’exprimer en anglais l’a même laissé troisième dans quelques arrondissements particulièrement anglophones (Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Pierrefonds-Roxboro et Saint-Laurent).
Elle a dominé fortement que deux arrondissements celui de Mercier-Hochelaga-Maissonneuve (majorité de 8575), son ancien comté et l’ancien château fort de Pierre Bourque, Rosemont-La Petite-Patrie (majorité de 4176) .
Il y a trois autres arrondissements (Ahuntsic-Cartierville, Sud-Ouest, Ville-Marie) où elle a obtenu plus de votes que ses deux adversaires, mais ce le fut qu’avec des majorités de quelques centaines de votes.
Avec plus de 20 000 votes que Louise Harel, Gérald
Tremblay a obtenu massivement l’appui des électeurs des anciennes villes de banlieues maintenant fusionnés (Anjou, Lachine, Lasalle, Montréal-Nord, Outremont, Pierrefonds, Saint-Laurent, Saint-Léonard et Verdun) mais il est aussi celui qui a récolté le plus de votes dans certains arrondissements de l’ancien Montréal (Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension).
Sans surprise, Richard Bergeron a gagné Le Plateau, mais seulement avec une majorité de 828 votes. Il a aussi bien performé dans Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont–La Petite-Patrie, Sud-Ouest, Verdun, Ville-Marie et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Avec ses 13 acolytes, il pourra bâtir une organisation bien plus solide et répartie un peu partout dans les 19 arrondissements, particulièrement dans les limites de l’ancienne ville de Montréal.
Bien que le maire Tremblay remporte sa troisième vctoire consécutive à la ville de Montréal, la perte de plusieurs membres importants de son l’équipe l’affaibli dans la constitution de son conseil exécutif.
Avec regret, il devra composer un nouveau comité exécutif sans les présences de plusieurs de ses candidats vedettes. Ils proviennent tous d’arrondissements de l’ancienne ville de Montréal.
André Lavallée, maire de Rosemont–La Petite-Patrie a terminé 3e. Michel Labrecque, candidat à la mairie du Plateau, Michel Prescott, conseiller depuis 1982 sur le Plateau et Robert Pilon porte-parole en matière de culture et aussi candidat sur le Plateau ont tous perdu face à Projet Montréal. Son frère, Marcel, a aussi échoué à se faire élire à la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. L’ancien chef de Vision Montréal qui avait joint son équipe en juin dernier, François Purcell, a mordu la poussière à la mairie d’Ahuntsic-Cartierville et finalement Diane Lemieux, la no 2 présentie au conseil exécutif, a perdu par 120 votes dans le même arrondissement.
Mon analyse : Le maire Tremblay aura de la difficulté à trouver de la relève dans l’équipe plus ou moins renouvellée.
Je prévois que son comité exécutif sera composé de Michel Bissonnet, Luis Miranda, Michael Applebaum, Helen Fotopoulos, Marvin Rotrand, Claude Dauphin, Manon Barbe, Mary Deros, Gilles Deguire, Sammy Forcillo et d’Alan DeSousa.
Sans aucun doute, plusieurs de ces personnes pourront remercier certains candidats défaits pour leurs nouvelles responsabilités.
De son côté, Richard Bergeron aura le temps nécessaire pour que son caucus apprenne leur nouveau travail. Contrairement à l’ADQ, qui a connu une croissance semblable en 2007, Projet Montréal n’est pas l’opposition officielle et surtout ils auront quatre ans pour bâtir sur leur nouvelle expérience.
De plus, il pourra compter sur l’aide de Josée Duplessis et de Pierre Mainville, deux conseillers de ville qui entreprennent leur deuxième mandat. Certes, il accordera une place importante à ces deux maires d’arrondissement Luc Ferrandez, sur le Plateau et Pierre Gagnier dans Ahuntsic-Cartierville, mais il est à prévoir qu’il donnera aussi une belle visibilité à certains militants de la première heure comme Émilie Thuillier, Carl Boileau et Marc-André Gaboury.
L’équipe de Projet Montréal sera très motivé, contrairement à la déception que vit les élus de Vision Montréal qui ont cru qu’ils prendraient le pouvoir de la ville de Montréal.
Pour Louise Harel, le portrait n’est pas particulièrement attirant.
Déjà son silence aujourd’hui, nous laisse croire qu’elle a bien de la difficulté à accepter sa première défaite politique en près de trente ans. Considérant qu’elle fêtera le 22 avril prochain son 64e anniversaire, je doute beaucoup qu’elle est envie de passer les quatre prochaines années à regarder Gérald Tremblay gouverner à sa guise la métropole du Québec.
Cette défaite sera fort probablement son chant du cygne. Son caucus compte sur seulement cinq membres qui ont de l’expérience à l’hôtel de ville (Anie Samson, Gaétan Primeau, Lynn Thériault, Laurent Blanchard et Suzanne Décarie).
Louise Harel pourrait me faire mentir, mais je doute fort qu’elle acceptera de siéger bien longtemps à titre de chef de l’opposition officielle. Si elle ne le fait pas d’ici quelques jours, elle quittera son poste dans un an ou deux.
Elle qui s’est présenté à la mairie parce qu ‘elle aimait tant Montréal, nous prouvera ainsi que son amour pour le pouvoir est beaucoup plus grand!
Le prétendant le plus sérieux pour la remplacer est sans conteste Réal Ménard. Fort de son expérience à Ottawa depuis 1993, il a auparavant travaillé au bureau de comté de Louise Harel.
Bien connu de la population et des médias, Réal Ménard serait en mesure de prendre la relève et la clientèle de Vision Montréal serait bien plus confortable avec lui qu’avec Benoît Labonté comme nouveau chef. De plus, il a gagné son poste de maire avec une avance de plus de 10 000 votes, personne dans son parti est même proche d’un tel niveau d”appui.

À mon humble avis, Projet Montréal aura tout intérêt à se trouver un chef crédible d’ici la prochaine élection. Richard Bergeron n’a pas l’image d’un rassembleur, il a de bonnes idées, mais est un piètre pédagogue, il est incapable de faire rêver les Montréalais qui en ont bien besoin. Quant à Harel, elle a voulu diviser les Montréalais sur une base ethnique et linguistique, elle récolte ce qu’elle a semé. Le peuple a parlé, qu’elle en prenne acte!
Bien d’accord avec vous pour monsieur Ménard.
Il a de l’expérience et est près de ses gens.
Je l’ai vu souvent soutenir des ligues d’impro et autre groupe artistique. Et il ne fait pas seulement que donner de l’argent, ils se présentent aux évènements sans faire le messie. Il se fait discret, mais il la vit sa ville.
Luc Ferrandez ira loin – on s’en reparlera dans quatre ans. Sinon, très bonne analyse Jean-Luc.